...c’est l’Enfer, disait joyeusement le frontispice d’une
église de Montréal-la-Pécheresse, que nous visitions donc pour la première fois
ce week-end.
Et l’enfer nous l’avons vu. Et du péché il y en eu. Car la belle canadienne
n’est pas seulement connue pour son sirop d’érable aux reflets caramels, qui
coule langoureusement le long de ses rives argentées. Et nous vîmes en moins de
trois jours les us cachés d’une peuplade réputée pourtant affable, voire
tactile. Car le Montréalais, et subséquemment la Montréalaise, a l’hiver à
tuer. Six mois continus l’an, par mois trente degrés. Le froid, c’est bien
connu, se combat à coups de chaleur humaine. Un rayon d'ailleurs bien connu de
notre contact local, spécialiste en la matière. Et alors que nous venions
strayer de nos skis experts les reliefs vierges du Canada, un redoux inattendu
fit fondre le pays goutte à goutte pendant les trois jours de notre séjour.

Mais tout commençait quelques jours plus tôt dans les flancs délabrés d’un
Greyhound poussif, sur les routes verglacées du Massachusset
et du Vermont. Filant tête baissée à travers la steppe américano-canadienne, le
lévrier gris ne ménageait pas ses efforts. Neuf heures de route plus tard et
une halte « full-néons-dans-tes-yeux » toutes les 40 minutes nous
effectuions une arrivée champêtre à Montréal vers 5h30 du matin, sous un
crachin malhonnête et glacial, après être parvenu à dormir quelques demi-heures
le dos installé sur un accoudoir en fer tordu, et les pieds dans le vide. Une
avance sur salaire, donc.
L’épisode, non-connu et relaté à notre arrivée, des frasques de
Vince « The Greyhound Bus Killer » Lee, paranoïaque
schizophrène ayant poignardé puis décapité quelques mois plus tôt un innocent
passager, en pleine nuit, et sous les yeux d’un bus bondé, devait achever de
nous rassurer sur les émoluments que nous étions susceptibles de recevoir pour
notre peine.
Mais tout ce qui arrive est nécessaire. La maxime Spinoziste rythmait notre
séjour et nous nous la répétions plus fort que jamais en franchissant l’arche
libératrice de Chez Paré, la sacro-sainte destination des
puristes du strip-tease Montréalais. Une spécialité locale par ailleurs
concurrente de la pancake suintante, des courses en sac de Grizzlis ou encore
du coup de corne de caribou dans l’œil. Et, au faciès haineux du Greyhound Bus
Killer se succédèrent pour notre seconde nuit de sommeil, les visages calmes et
bienveillants de Mariah, Ginger et Sunshine la Douce.
Pour le reste, nous eûmes le rare privilège d’observer ces autochtones
longtemps racontés, de bien plus près, peut-être, qu’aucun Occidental n’en a
jamais eu la chance. L’équipe de linguistes qui nous accompagnait dans cette
expédition a su capturer des enregistrements phonographiques inestimables,
véritables osties scientifiques, qui sont déjà à l’étude dans un obscur
laboratoire de recherche de Québec déguisé en lavomatic géant, et livreront
peut-être un jour, l’entièreté de leurs secrets.
Montréal je t’ai vue, et sans doute reviendrai-je te voir. Pécheresse!
Au prix du
kilo, il s'agissait de ne pas s'en priver. Excellament cuisiné par le chef de
notre hôte.
Un
vestige hiéroglyphique de l'ère pré-cunéiforme - la forme verbale de cette
phrase notamment, a résisté à toute analyse.
Visites des
ruines Montréalaises post-paléolithique dont l'état de conservation est
remarquable.
Le
téléphone non plus.
Le
Greyhound Bus Killer.