chacha_club.jpg

La nuit parisienne. Ses mèches folles et ses clubs fachistes. La vraie prostitution moderne est là finalement, devant le videur. Mais admirons plutôt la hypitude complètement démodée du dernier lieu couru. Dans une sous-pente étouffante façon chambres de bonnes en enfilade, dernier sas sécurisé d'un l’endroit déjà bien protégé, une chanteuse néo-zélandaise entonne Summer Time a capella. Dans l’assistance, une petite actrice américaine en robe plus ou moins haute couture plus ou moins déchirée commence à s’énerver que personne n’ose soutenir son regard. Sa clique new-yorkisante mais seizièmisée – avec l’inévitable mec en peignoir – fait mine de jouir délicieusement du moment. Pendant ce temps un étage plus bas, la foule des replicants habituels, mains dépliées sur le torse ou crispée dans les cheveux lèvent de temps à autres un petit doigt implorant en équarquillant grand les yeux en direction du physionomiste maison, qui s’appelle Mike ou bien John ou Francis. Mais Mike - ou John - leur oppose cette petite mine contrite et ce tournement de dos sur place, et ils ne rentrent pas. En haut toujours, l’on discute devant un saut à champagne avec un coréen chétif qui vit à Brooklyn et fait de la peinture. Après de longues minutes d’un dialogue haché il montre sur son Blackberry les shoots un peu cheaps de quelques unes de ses toiles. Qu'on se fait passer, admiratifs, entre locaux admis au premier, et curieusement tous affiliés à la mafia d’un magasin de la rue saint-honoré au prénom d’écrivain. Sauf un, bien content d’avoir de tels amis. Au réveil. Vaseux. Curieux. L’on google le petit coréen, pour réaliser qu’à 36 ans, l’animal, qui peint d'immenses fresques abstracto-schizophréniques dixit les abstracts du site de la Saatchi Gallery, mais à couper le souffle, possède une notice sur Wikipédia de plusieurs pages – un véritable indice moderne de bankabilité – et a déjà exposé dans plus de villes au monde que l’on n’en visitera sans doute jamais. Réveillant en soi l'inévitable questionnement métaphysique du pourquoi je suis pas un artiste putain moi aussi j'ai une sensibilité merde à la fin. Mais en rentrant, pourtant repu du spectacle et satisfait d’un tel accès, l’on se prend à chercher l’essentiel, ou au moins l’un de ses substituts bradés qu'on aurait pu croiser...