Navré de si peu vous entertainer ces jours-ci. La combinaison de pas mal de boulot la semaine avec un temps extraordinaire ce week-end avec un gros extra de traduction français > anglais pour un prix très correct dépanner un camarade avec une belle virée nocturne entamée vendredi soir et achevée samedi après-midi avec une recherche active de mon nouveau vélo m'ont fatalement laissé peu de temps pour blogguer.

Alors réparons.

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Tout commence par un dimanche calme et studieux. C'est à dire aujourd'hui, et le plus grand effort physique que je produis de la journée est d'aller me chercher un Small Philarmonic with cream and sugar please au Phil's Coffe du coin, juste à coté de la Caltrain Station. L'effort ici est de toute façon plutôt intellectuel puisque les employés de ce Phil's Coffe sont tout simplement l'épreuve finale avant la naturalisation. Le petit rasta blanc notamment, qui moud la graine que la grande blonde féconde ensuite d'eau bouillante, parle un américain qui sonne comme une ampoule qu'on dévisse et devait travailler avant à Ellis Island avant d'être enregistré une dernière fois et remplacé par un ordinateur.

Pour m’y rendre je traverse le petit parc impeccablement entretenu de Mission Creek Marina. Plus qu’un parc d’ailleurs, c’est ce que les autochtones appellent un dog area, constamment parcouru par des maîtres et leurs chiens, surgis de nulle part ou désertant l’endroit comme par magie, tous équipés de cet accessoire incroyablement américain : le Ball Launcher - sorte de longue louche en plastique souple doublement pratique pour se saisir sans se souiller d’une balle de tennis pleine de bave et la renvoyer au loin sans se fatiguer, en profitant de l’effet de levier que procure l’ustensile.

Je me réjouis d’ailleurs systématiquement à chaque apparition d’un de ces Ball Launcher en pensant que, quel part dans le monde, très probablement sur une île tropicale, au bar d’un hôtel de luxe, un américain ivre mort explique fièrement à une de ses conquêtes the ball launcher baby ? yeah, tha’ was me !

Sur le chemin du retour, je croise une promeneuse ipodisée. La belle est assortie d’un bouledogue d’une mocheté tout à fait surprenante. Je connaissais la laideur de ces chiens mais celui-ci a manifestement bénéficié d’un petit extra, une sorte de sur-customisation à l’assemblage. Sans doute un mécano zélé. Remarquez la vie est juste : ça n’arrive pas qu’aux chiens. Dans ce genre de cas on dit d’ailleurs "oui mais il doit être très intelligent". En l’occurrence je n’ai pas eu le temps d’en savoir plus. Ah et j’allais oublier : moche, et bien sur, nain, le bouledogue.

La bête est donc là, devant moi, et, avec son faciès de pneu à plat et ses yeux de reptile malade, ressemble au croisement entre un python astigmate et - le mot est lâché - un formidable trou-du-cul extrêmement mal entretenu.

Je suis donc là, dans mon petit parc, le souffle proprement coupé par la vision qui s’offre à moi et fixe la créature quelques instants qui elle-même se fige et me fixe.

Le temps se suspend quelques secondes pendant que je fais face à l’Abominable. Sa gueule est toujours imperturbable et parait simplement se gonfler légèrement au rythme de sa respiration. Sa maîtresse, impavide, qui marchait quelques mètres en retrait, arrive à son niveau et enroule soudainement plusieurs mètres de sa laisse. Pendant que le visage du bouledogue ne bouge pas d’un cil, le mécanisme produit un sifflement sourd et menaçant dont je ne parviens pas à identifier la provenance.

Pas encore très bien réveillé je pousse une sorte de grognement mauvais face à ce bouledogue qui me fixe et qui siffle comme un cobra sur le point d’attaquer.

J’agite mes bras un peu vainement et recule vaillamment d’un pas. L’ipod me remarque subitement, me dévisage, et, faisant un lien rapide entre son cher animal et ma mine un peu déconfite, me lâche un regard atterré qui veut dire en substance "You really don’t understand Art - don’t you mother fucker ?".

Well, emmm..

Et je regagne le houseboat.