Une sublime mécanique
Par Simon le samedi 29 mars 2008, 00:04 - Ideas & thoughts - Lien permanent
Il aura suffit d’un rien. D’une minuscule erreur d’inattention.
Ma garde, relâchée l’espace d’un instant. Une case oubliée ? Un faux formulaire ? En un éclair mon adresse est aspirée, enregistrée sur un premier serveur, immédiatement répliquée, envoyée à un second serveur, passe de base de donnée en base de donnée créant à chaque itération une entrée à plusieurs chiffres relié à mon nom, mon adresse IP, mes paramètres de navigations et toutes les informations personnelles que j’aurais pu laisser au moment critique.
Presque au même moment, à des kilomètres de là dans une quelconque banlieue stérile, hébergées dans la salle blanche d’une baie de serveurs sur une plateforme logicielle automatisée, les alertes et règles d’envoi des prestataires d’emailing se mettent en marche de manière robotique, et, en l’espace de quelques heures innocentes au pays du marketing militarisé, ma boîte mail passe d’un espace de travail normal à une page épileptique se rafraîchissant elle-même toutes les 5 secondes au rythme des propositions de prêt financier, d’alertes au cancer de la gorge, d’incroyable promotion pour un ensemble de jardin ou encore de lotions miracles anti-calvitie que je reçois désormais en flux tendu et pour le restant de mes jours sur cette adresse...
Sublime mécanique.
Cette histoire m’en rappelle une autre. Particulièrement atroce celle-là. Entendue je ne sais plus trop où ; un documentaire je crois. Au début des années 90, deux parents du Minnesota perdent leur fils unique. Il est atteint d’une leucémie incurable. Il a 6 ans.
Plusieurs années passent. La vie semble reprendre son cours. Mais un matin le père ouvre sa boîte aux lettres et en retire une enveloppe cartonnée au nom de son fils : « Gilette vous offre votre premier rasoir ! ». Quelque part, un 0 était devenu un 1 et avait décidé qu'il était arrivé en âge de se raser. Et donc de consommer.
Une fois le choc passé, une guerre dans merci est entamée avec les services marketing américains pour se faire rayer de leurs listes. Mais plus ils envoient de courrier plus ils téléphonent, et plus ils reçoivent d’offres promotionnelles, de proposition d’abonnement…
A l’âge de 18 ans, c’est au tour des services financiers. « Bank of America vous offre votre première carte bleue ! » De guerre lasse, et meurtris par cette lutte stupide, ils prennent finalement la décision de déménager. Pour se débarrasser de cette adresse. Pour ne plus recevoir ces courriers les rappellant sans cesse à leur drame personnel.
Quittant la maison de leur vie, ils emménagent dans une nouvelle résidence et obtiennent quelques mois de répit. Mais un matin, à l'autre bout du pays, dans une quelconque banlieue stérile sur une plateforme logicielle automatisée, le lien est fait entre leur ancienne et leur nouvelle adresse. Et tel un assaillant implacable, les lettres recommencent…
Sublime mécanique.

Bon j’ai écris ça sur un ton un peu mélo mais hé, c’est pas si facile que
ça.


Commentaires
la froideur de Dantec dans ses lointaines meilleures années. Cool ton texte
2 comments sur 2 billets en 5mn c'est trop jme casse ;) à plus
hrhrhrhhrhr. spammed to death. Et encore je ne vois pas le classique "Enlarge your penis" :)
je suis également stupéfait que le enlarge your tube ne soit pas (encore) là ....
Effectivement, le ton est super Mélo... mais en même temps, la mécanique est assez implacable.
BTW, si tes followers manquent d'adresse pour "Enlarge your Penis", je dois pouvoir leur en trouver quelques milliers dans ma SpamBox et leur transférer les coordonnées :-)