Samedi, dîner avec ma triade. Dont aucun membre n’est finalement Chinois. En fait quatre Taiwanais, une Coréenne, un Japonais. My mistake. Il y a là les colocs, les amis des colocs et une amie des amis des colocs. Tous deviennent de fait mes amis, suivant le précepte que les amis de mes colocs sont mes amis. Mais les colocs de mes amis sont-ils mes colocs ? Non !

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Toujours est-il que ça s’affaire sérieusement en cuisine. Très très sérieusement.

Hermit attaque avec un émincé de bœuf aux oignons et piments. Rita riposte d’un œuf soufflé à la vapeur - qui reconnaissons-le sent un peu le pied. Atsuo en renfort s’occupe de déboucher les bouteilles de choya wine. Pendant ce temps Huang mène une sévère contre-offensive en extrayant du four des rouleaux braisés de saumon au lard et ananas - qui me seront fatals - et dont le jus réchauffé permettra de faire démarrer sa voiture le lendemain matin.

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Saumon, thon, feuilles d’algues, riz gluant et haché d’omelette pour le coin sushi. Rita double sa mise par une soupe aux champignons semi-vénéneux ultra alcoolisée qui forcera May à sortir s’aérer une petite demi-heure. Et que l’on retrouvera en train de fredonner un air traditionnel coréen agrippée à la rampe d’entrée du houseboat.

A cotés de ces mets identifiés et de ces breuvages tribaux, force grignoteries inconnues que je goûte à la volée - parfois dans un sourire un peu crispé haha aaa…

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De mon coté loin d’être en reste je sors de ma botte un suprême (et non pas de ma botte suprême - celle-là est en réserve) de guacamole à la sauce thaï et nachos ramenés de Mission St. sur mon dos courbé et confectionné de mes petites mains rugueuses et laborieuses.

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Mais contre toute attente, étant donné que l’écrasé d’avocat est une grande spécialité San Franciscaine, c’est le choc des cultures. Fulgurant. Accéré. Brutal.

But Simon, why did you prepare so much wasabi ?

Et c’est étrange. Ils me donnent ce soir-là l'impression de rester - dans leur vie de tous les jours, leurs amis, leurs sorties - dans des cercles assez communautaires, tout en étant des individus parfaitement ouverts, modernes et adaptés à leur vie aux Etats-Unis. Je ne sais pas si ça a un rapport mais Huang me prend pour un Américain pendant toute une partie de la soirée et comprend qu’en fait non quand on se met à parler de la France. Dans le frigo plein à craquer de Rita et Hermitles colocs - quasiment aucune marque locale.

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Et néanmoins la moitié d’entre eux est là pour une période indéterminée, travaille, vit, paye ses taxes. Ils ne communiquent et ne se connaissent qu’en anglaisles langues japonaises, coréennes et taiwanaises n’opérant pas sur les mêmes fréquences. Et surtout je les trouve modernes dans leur manière d’envisager l’existence, la rupture revendiquée avec les aînés et la tradition, leur rapport à la sexualité. Les mêmes blagues avec des américains ne seraient pas forcément passées. A quoi attribuer cela ? Une plus grande difficulté à se mixer avec les waspo-caucasiens ? Un réflexe communo-asiatique plus prononcé ?

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Toujours est-il qu'Atsuo nous gratifie d’un passage mémorable sur comment les Américains considèrent le porno japonais comme le meilleur du monde et comment il ne parvient pas à dire merci quand on le congratule sur le sujethey I just can’t say thanks to that ! Un peu plus tard, il nous imite les mouvements circulaires des geishas traditionnelles avec un couvercle de ricecooker en guise d’éventail - c’est à ce moment-là que je manque collapser en m’envoyant une gorgée de choya wine directement dans les poumons.

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Soyeon me fait remarquer un peu perplexe : so many questions Simon, americans never ask us so much. (c’est vrai que so far les average ones que je rencontre poussent plutôt à l’introspection). Et effectivement je les mitraille. Grosse leçon de rattrapage pour ma faible culture asiatique. Rapports avec la Chine pour les taïwanais, avec la Corée du Nord pour la sudiste, avec les USA et les Américains pour tous, tradition, parents, sexualité, retour au pays. Rien ne leur est épargné. Je quadrille dûment le spectre socioculturel est-asiatique et les laisse exsangues, dépouillés, mais surtout, ivres morts.

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D’ailleurs la soirée tente de se terminer avec un jeu de cartes dont le nombre de règles semble infini – complètement abattu par le choya wine, je remonte me mouler dans mon lit comme une fishball décongelée et fais toute la nuit d’étranges et inexplicables cauchemars.