Chopstick to me dude
Par Simon le mercredi 19 mars 2008, 00:21 - Personal - Lien permanent
Samedi, dîner avec ma triade. Dont aucun
membre n’est finalement Chinois. En fait quatre
Taiwanais, une Coréenne, un
Japonais. My mistake. Il y a là les
colocs, les amis des colocs
et une amie des amis des
colocs. Tous deviennent de fait mes amis,
suivant le précepte que les amis de mes
colocs sont mes amis. Mais les
colocs de mes amis sont-ils mes
colocs ? Non !

Toujours est-il que ça s’affaire sérieusement en cuisine. Très très
sérieusement.
Hermit attaque avec un émincé de bœuf aux oignons et
piments. Rita riposte d’un œuf soufflé à la vapeur - qui
reconnaissons-le sent un peu le pied. Atsuo en renfort
s’occupe de déboucher les bouteilles de choya wine. Pendant ce temps Huang mène une
sévère contre-offensive en extrayant du four des rouleaux braisés de saumon au
lard et ananas - qui me seront fatals - et dont le jus réchauffé
permettra de faire démarrer sa voiture le lendemain
matin.

Saumon, thon, feuilles d’algues, riz gluant et haché d’omelette pour le coin
sushi. Rita double sa mise par une soupe aux
champignons semi-vénéneux ultra alcoolisée qui forcera
May à sortir s’aérer une petite demi-heure. Et que l’on
retrouvera en train de fredonner un air traditionnel coréen agrippée à
la rampe d’entrée du houseboat.
A cotés de ces mets identifiés et de ces breuvages
tribaux, force grignoteries inconnues que je goûte à
la volée - parfois dans un sourire un peu crispé haha
aaa…

De mon coté loin d’être en reste je sors de ma botte un
suprême (et non pas de ma botte suprême - celle-là est en
réserve) de guacamole à la sauce thaï et nachos ramenés
de Mission St. sur mon dos courbé et
confectionné de mes petites mains rugueuses et
laborieuses.

Mais contre toute attente, étant donné que l’écrasé d’avocat est une grande
spécialité San Franciscaine, c’est le choc des cultures. Fulgurant.
Accéré. Brutal.
But Simon, why did you prepare so much wasabi ?
Et c’est étrange. Ils me donnent ce soir-là l'impression de
rester - dans leur vie de tous les jours, leurs amis, leurs sorties -
dans des cercles assez communautaires, tout en étant des individus parfaitement
ouverts, modernes et adaptés à leur vie aux Etats-Unis. Je ne
sais pas si ça a un rapport mais Huang me prend pour un
Américain pendant toute une partie de la soirée et comprend
qu’en fait non quand on se met à parler de la France. Dans le
frigo plein à craquer de Rita et Hermit –
les colocs - quasiment aucune marque locale.

Et néanmoins la moitié d’entre eux est là pour une période indéterminée,
travaille, vit, paye ses taxes. Ils ne communiquent et ne se
connaissent qu’en anglais – les langues japonaises,
coréennes et taiwanaises n’opérant pas sur les mêmes fréquences. Et
surtout je les trouve modernes dans leur manière d’envisager
l’existence, la rupture revendiquée avec les
aînés et la tradition, leur rapport à la sexualité. Les mêmes blagues avec des
américains ne seraient pas forcément passées. A quoi attribuer
cela ? Une plus grande difficulté à se mixer avec les
waspo-caucasiens ? Un réflexe communo-asiatique plus prononcé
?

Toujours est-il qu'Atsuo nous gratifie d’un passage mémorable
sur comment les Américains considèrent le porno
japonais comme le meilleur du monde et comment
il ne parvient pas à dire merci quand on le congratule sur le
sujet – hey I just can’t say thanks to that ! Un peu plus
tard, il nous imite les mouvements circulaires des geishas
traditionnelles avec un couvercle de ricecooker
en guise d’éventail - c’est à ce moment-là que je manque
collapser en m’envoyant une gorgée de choya wine directement
dans les poumons.

Soyeon me fait remarquer un peu perplexe : so many
questions Simon, americans never ask us so much. (c’est vrai que so
far les average ones que je rencontre poussent plutôt à
l’introspection). Et effectivement je les mitraille. Grosse
leçon de rattrapage pour ma faible culture asiatique. Rapports avec la
Chine pour les taïwanais, avec la
Corée du Nord pour la sudiste, avec les
USA et les Américains pour
tous, tradition, parents, sexualité, retour au pays.
Rien ne leur est épargné. Je quadrille dûment le
spectre socioculturel est-asiatique et les laisse
exsangues, dépouillés, mais surtout,
ivres morts.

D’ailleurs la soirée tente de se terminer avec un jeu de cartes dont le
nombre de règles semble infini – complètement abattu par le choya
wine, je remonte me mouler dans mon lit comme une fishball
décongelée et fais toute la nuit d’étranges et inexplicables
cauchemars.
Commentaires
pas mal ton blog, je post ici par ce que j'aime l'humanité et le partage qui se dégage de ce billet. La dernière fois je m'étais abonné aux commentaires et pas au blog. je vais remédier.