The hard way
Par Simon le mardi 4 mars 2008, 04:26 - Personal - Lien permanent
Qui l’aurait cru ? Mais je crois que je m’étais un petit peu embourgeoisé à Paris.
En fait c’était évident. Mais on ne mesure jamais différence que par contraste. Dans la ville des homeless, je me suis senti un peu homeless aujourd’hui. Homeless et far from home.
Après l’euphorie des premiers jours, la période
couchsurfing, les moments de découverte et la
béatitude, est venu, sans que je m’en rende bien compte, un
lundi cauchemardesque.

Après la nuit noisy dormitory, se profilait la première semaine de
boulot et l’emménagement de lundi prochain, qui s’annonce - si le lait ne
tourne pas d’ici-là façon péremption subite à laquelle je suis désormais
habituée – comme un véritable Magic Bus, référence à son
totem cinématographique, Into the Wild. Toutes références
initiatiques acceptées.
Mais il fallait bien tenir la semaine. Direction Folsom & 7th ou j’ai repéré sur Craigslist un rental à $150 la semaine qui s’annonce cheap mais providentiel, et ces derniers jours m’ayant par contre re-prouvé ma capacité à dormir parfaitement bien sur une paillasse, ou un demi-canapé, voire même ma capacité à endurer le mal en attendant le mieux, (l'équation mauvais salaire/stock-options peut-être...), j’avance sans peur. Je me présente et attribue le pricing ristourné à l’échafaudage qui couvre le bâtiment. Peu importe puisque je ne suis pas là pour rester la journée.
Mais s’était sans compter que deux étages au dessus de l’épisode tragi-comique du Ghetto Blaster de 4000 MegaWatts (si vous suivez bien en fait le deuxième successif en deux nuits) se cachait la dureté de l’Amérique et la déchéance des délaissés de San Francisco dans toute sa splendeur.
Au petit matin donc, après une call-conférence improvisée sur un lit bancal pour régler quelques détails subséquentiels à mon dernier job chez Kindo, je sors de ma cellule pour un petit face-to-face tendu avec le couple de tauliers pakistano-meltingpotisés, auxquels j'avais préparé un savon de trappeur d'une demi-livre, pour ne pas m’avoir prévenu du Club caché et du timeframe 0-2:am stérilisé aux décibels agressifs.
Pour $10 de plus je négocie - à force gesticulations et froncés de sourcils menaçants dont j’ai le secret - la 2-person bedroom qui se trouve au second étage.
Echange de clefs, re-packing, je monte. Drôle d’odeur. Je pousse la porte, pose les sacs, fais couler l’eau du robinet, inspecte les coins, redescends, rends l’autre clef, remonte. Refais l’expérience de l’odeur changeante entre le premier et le second étage.
Il y a un troisième.
Je monte.
Une sorte d’infirmier détourne la tête et me regarde avec la même expression incrédule qu'ont les médecins militaires dans les films de guerre hollywoodiens, quand ils ont les mains dans des tripes encore chaudes après un assaut raté.
A ses pieds, se tient, relié à un palier par de nombreux petits tubes transparents qui la perforent, une sorte de forme rouge et blanche ressemblant de près ou de loin à un corps humain, sclérosé des pieds à la tête et autour duquel tournoient de petites mouches noires.
Monsieur se fait faire sa piqûre, plus ou moins encastré sur une marche recouverte de moquette brune.
Sans doute par la rente d’un fils ou la grâce d'une retraite misérable, le chanceux habite-t-il dans cette chambre d’Hostel de 3x4m2, remplie de détritus comme le haut d’un sablier en train de se vider, et qui sent le SDF parisien parfumé à la charogne de 10 jours.
A ce moment précis, je dois faire approximativement la tête de l’épouse de Barbe-Bleue quand elle pénètre pour la première fois dans son bureau.
Je ne me mets pas à saigner du nez, recule, prends mes sacs, check-out, je rassemble mes forces pour me faire en vain rembourser d’au moins une partie de la semaine et sors de l’Hostel sous les trombes d’eau grise qui giclent de l’échafaudage où les ravaleurs sont passés à l'action, presque chassé par la hyène Pakistanaise aux cris de « This is America man ! This is América, OK ?! ».
And obviously, I’ve just learnt it the hard way. Dude...

Commentaires
Ouaahh... Hardcore !
Oh mon pauvre p'tit bichon !
dur dur !
pleins de soutien de la jeune fille au bel appart'
SMOUCTHH
AUSECOURS!!!!!!!!!!!! Putain Dude je ne sais pas comment tu fais , en lisant ton experience ultra-gore, ton hotel ressemble plus au film des derniers freres cohen bombone à oxygène en moins quoi que remplacé par le corps d'un humain sclérosé RGHHHHHHHHH tire toi de là !
Love Mignon
Et moi qui en descendant la rue de St Pétersbourg, fredonne sur mon vélo l'Amérique chantée par Joe Dassin! Le monde a bien changé mon brave Monsieur.
Ravi de suivre tes aventures. Fais fortune vite, et n'oublie pas la famille!
François
Arrête de te plaindre, ton atterrisage à SF aurait pu ressembler à ça :
http://fr.youtube.com/watch?v=xpOuK...
Bécot
Dude, you rock!
A force, tu vas même finir par jouer le blues ;o)
Je compatis...
Pffff..
Pédale Douce du XVIIe!
merci bien :)