C’est marrant de blogguer finalement.

Toutes ces années à mûrir quelques convictions ou ruminer des intuitions, mais sans le bon exutoire cathartique.

C’est fini ! :=)

Alors à l’attention de mes 10 lecteurs moi compris, voici mon sentiment sur la nouvelle génération de Browser-Based Games ainsi que ma super théorie sur le Micro-Entertainment !

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Intro

Je trouve très intéressante et significative la différence qui s’est établie entre Blogging et Microblogging. Alors que ces deux activités ont une vraie racine commune, il est évident que ce sont les usages qui en font deux pratiques différentes.

Plus ou moins sur le même schéma, à savoir : racines communes slash usages différents, je pense qu'il y a Entertainment et qu’il y a Micro-Entertainment.

Pas grand-chose dans Google sur ce terme, sinon ce billet d’Aaron Uballe où il explique que Micro-Entertainment représente le fait de se divertir d’un picorage incessant entre ses applications préférées… un coup sur ses mails, un coup sur Youtube, un coup sur Digg, un coup sur Twitter, etc.

Je vois bien ce qu’il veut dire mais je vais plutôt développer le concept par rapport à l’industrie de l’Entertainment en général et celle des jeux vidéo en particulier.

(Cela relève cependant d'un parti-pris rhétorique, ma conception de l’Entertainment étant au contraire plutôt vaste. Je pense que Facebook est de l’Entertainment, je pense même que jouer au marchand sur eBay relève en partie de l’Entertainment ).

Donc, dans Entertainement (versus Micro-Entertainment) je classerais :

World of Warcraft et la long tail des MMORPG, des Runescape (énorme MMORPG en Java et qui se joue dans le navigateur) ou les MMO de Gpotato.com mais aussi des Half-life et des Kart Rider, deux types (-ologies) de jeux vidéo distribués via de grosses applications Web qui gèrent la partie social des jeux (Steam & Nexon), mais avec des clients lourd à télécharger.

De manière générale donc, des jeux avec de gros clients à télécharger.

Et dans Micro-Entertainment je classerais :

Des Duels.com et des Erepublik.com et dans une moindre mesure des Gaïa Online (plateforme sociale + casual games) et toute cette nouvelle génération de jeux MMO browser-based dont l'addiction tient plus au caractère social de la narration qu’à la dimension graphique de son univers de jeu.

(Edit : D'ailleurs je viens juste de découvrir qu'Erepublik avait un concurrent, plus vieux et plus moche mais sur le même postionnement et lancé pas plus tard que l'année dernière : Ars Regendi. Le jeu m'accueille avec, sur mon profil par défaut, une photo d'Hillary Clinton. Intéressant.)

A ce postulat s'ajoute le constat suivant :

On parle tout à la fois de la Fragmentation du consommateur tout en glosant à l'infini sur l'arrivée tant attendue de la fameuse Convergence - qui avec des terminaux du type EeePC me semble en bonne voie d’être consommée.

Fragmentation et Convergence. Deux notions finalement paradoxales qui avancent en parallèle. (Merci).

Fragmentation :

- Augmentation de l'offre et l'auto-imperméabilisation du consommateur aux messages.

- Moins de temps et moins d'attention de la part de ce dernier.

- Dans le même temps, sur-picorage et multi-utilisations.

Convergence :

- Plus de supports compatibles pour la même offre globale de contenus et services.

Et c'est - seconde intuition - très exactement à la croisée de ces deux postulats que se situe une opportunité pour le Micro-Entertainment, via une nouvelle génération de jeu browser-based, exploitables sur un PC, mais bien évidemment aussi :

- Sur un mobile.

- Sur de très courtes sessions de temps (éventuellement grâce à des gameplays asynchrones).

Alors vous me direz, des browser-based ça n’a rien de nouveau, il en existe depuis le début du Web. Earth 2025 par exemple, auto-proclamé le premier du genre, est releasé pour la première fois en 1996 !

Oui, mais ils sont en train de se réinventer. Comme d’ailleurs beaucoup d'autres services canoniques du Web.

(L’E-commerce par exemple. Combien de VC au Web3 disant chercher des start-ups capables de réinventer l’e-commerce ?)

Autre exemple : Twitter. S’il y a bien un service que j’apprécie mais auquel je ne reconnais aucune innovation fondamentale c’est celui-là.

Mini-digression

Je me rappelle il y a à peine 4/5 ans, j'utilisais énormément un client pour l’IRC qui s'appelait mIRC, dont l'utilisation était séparée par serveurs (j'étais sur Quakenet) et chaque serveur allait de pair avec une communauté spécifique (la mienne c’était celle des joueurs de Counter-Strike – plusieurs dizaines de milliers).

Sur ce fameux mIRC : tout le monde était connecté en permanence (on lançait le client le matin avant d'aller à l'école pour l'éteindre à 2 heures du matin après la dernière session de jeu) et finalement :

1°/ Tout le monde lisait tout le monde, en temps réel ou le soir en rentrant.

2°/ On ne rejoignait que les #Channels sur lesquels on avait des intérêts.

3°/ On pouvait créer des alertes pour flagguer son pseudonyme quand il était prononcé sur un #Channel ce qui permettait de ne pas louper un seul des messages, privé ou public, qui nous était adressé.

Il ne manquait à mIRC que le mobile pour inventer Twitter en 1995. (Et une structure hébergée aussi).

Revenons au Micro-Entertainement.

Je me rappelle quand j’ai entendu Alexis Bonte (je dois faire bipper ses alertes Google à force de le citer) dire sur la scène du Web3 au moment de recevoir son prix : "Erepublik est un MMO (…)", je me suis dit un peu bêtement : mais quelle régression ! Alors qu’on a inventé World of Warcraft et que Runescape, même moche et lourd, totalise 17 millions de membres, quelle drôle d’idée d’appeler un banal Browser-Based, un MMO…

Mais en fait c'est loin d'être une régression. C’est une évolution naturelle liée aux formats.

On prend des vieux Browser-Based, on les mixe avec des MMORPG et on en fait des jeux simple et léger à jouer dans le métro, avec une narration addictive, une dimension sociale et un webdesign léché qui pallie l'absence de monde graphique animé.

Et tout comme le Blogging s’est renouvelé en ôtant des fonctionnalités, de la complexité - mais aussi de la richesse, il est intéressant de constater que les MMO façon jeux vidéo se renouvellent eux aussi via le Web, en enlevant des fonctionnalités, du graphisme - mais aussi de la richesse, au profit d’usages simplifiés : en gardant bien sur leur arme fatale : la narration et son corollaire marketing, le positionnement.

Voici les grands avantages que je vois à ces nouveaux browser-based.

1°/ Des usages très spécifiques. Ceux propres aux anciens browser-based (y jouer le matin en relevant ses emails, entre deux réunions) mais aussi et surtout : prendre sa dose de Micro-Entertainement à n’importe quel moment de la journée grâce à son mobile.

Big-up à stArk et son commentaire sur ce billet, qui m’a subitement fait jaillir la vérité au visage !

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2°/ La narration est toujours aussi impliquante sans les contraintes de temps inhérentes à une immersion dans WoW.

Par exemple, Duels.com permet de jouer ses duels de manière asynchrone quand ses adversaires sont offlines, et quand on se reconnecte, l'histoire a avancé. (Aussi pratique que d'outsourcer à Bangkok il paraît !)

3°/ Même si l’engagement est minimaliste, j'ai le sentiment que l'équation

Engagement / Divertissement

... est largement positive. C’est d’ailleurs ce qui facilite l’acte d’achat d’objets virtuels dans les browser-based bien conçus : bien se divertir pour un ticket d’entrée gratuit fait que consommer du virtuel - à un niveau d’analyse assez basique - reste cohérent :

« Je n’ai pas payé le jeu, je peux bien me payer un item à $2. »

4°/ L'évolution des modèles économiques vers des Free-2-Play monétisés par des objets virtuels, de la publicité - mais aussi des modèles d'avenir comme le product-placement ingame - permettent de toucher des audiences beaucoup plus vastes, beaucoup plus vite et à moindre coût via les techniques d'acquisition de trafic propres au Web. Aussi donc, et c'est un point d'importance : des jeux qui se markètent qui se webanalysent et qui se tunent comme des sites Web avec landing pages, tunnels et taux de conversion, etc etc.

Ce sont des concepts facile à monétiser puisque l’on peut tout faire : de la publicité, des objets virtuels, du compte premium, etc.

5°/ Du point de vue de leur pérénnité les Browser-Based ont tous les avantages d'un WoW sans les désavantages d'un Civilization 4. Onlines, persistants et donc pouvant être sans cesse mis à jours, améliorés et enrichis.

6°/ Des moyens de paiement multiples, simples et adaptés à la cible : Paypal, micropaiements par mobile // Allopass et SMS, mais aussi et surtout, cartes prépayés en grande distribution (je me demande si on aura ça en France un jour).

Tous ces moyens de paiement sont plus logiques, au Micro-Entertainment correspond le Micropaiement.

Sans parler du moment où on disposera de moyens de paiements intégrés en OEM sur son mobile, compatibles avec toutes les applications Web, et débitées directement sur sa facture (et là, je nage gaiement en plein délire ! :p)

7°/ Enfin, l’industrie du Micro-Entertainment n’a rien à craindre de son industrie mère, l’Entertainment. Les usages étant complètement différents, ils peuvent parfaitement cohabiter, tout comme les réseaux sociaux : on en a tous plusieurs, pour des usages différents.

Il n’y a donc rien d’impossible à ce qu’un joueur de WoW soit simultanément un joueur de Duels.com. C'est même normal.

Je dirais même que par effet d’empathie - et par le jeu des externalités positives - les efforts de marketing de Blizzard pour convaincre un joueur à son univers facilitent l’acquisition de ces mêmes joueurs par un site comme Duels.com !

Ahhh, ça fait du bien d'exorciser cette vieille névrose que j'avais avec les Browser-based !

Bon alors cette théorie à votre avis, ça résiste ou ça craque ?