Le Mot-Clef contre le Concept
Par Simon le vendredi 18 janvier 2008, 18:15 - E-business - Lien permanent
Vous avez peut-être déjà croisé Romain Casolari a.k.a. Chauffeur de Buzz. Un garçon très intelligent et doué qui se cache sous des airs d’autiste et que j’ai pu croiser au Barcamp Yahoo, au SEOCamp et au Web3. SEOeur de talent, il traîne dans son sillage une cohorte d’apprenti-référenceurs avides de googletrafic et de clics sur leurs adsenses.
Romain fait l'actualité ces jours-ci pour avoir signé un gros contrat avec Lagardère Pub pour l’exploitation publicitaire de son topblog du même nom et de certainement quelques autres clauses non divulguées.
Bravo pour ce deal, sincèrement.
Dans un récent billet - que je vous invite à lire - il annonce ce partenariat et a cette phrase à laquelle je songe depuis 2 jours et avec laquelle, je dois bien le dire, je suis en désaccord complet.
« Si le Web 2.0 appartient aux StartUps et aux projets débiles, le Web 3.0 appartiendra-t-il aux Groupes Médias et aux éditions massives de contenus riches ? C'est en tout cas comme cela que je l''imagine ... Pas vous ? »
Avant d’expliquer pourquoi pas moi, voici quelque chose qui m’a frappé ces derniers mois, rien de bien révolutionnaire mais c’est désormais très clair dans mon esprit. Comme il y a d’un coté New York et de l’autre la Silicon Valley, comme il y a le Ad :Tech et qu’il y a le Techcrunch40, comme il y a les Ref’Party et qu’il y a la Netvibes Party, il y a la Pub contre la Start-up, il y a le Mot-Clef contre le Concept.
Bien que ces deux frères ennemis avancent main dans la main, ils incarnent deux manières d’envisager l’e-business très très différentes. Pour ne pas dire, antinomiques.
Dans la tête d’un référenceur, il y a au départ un nom de domaine. Un nom de domaine susceptible de drainer du trafic à concurrence du % de personnes susceptibles de rechercher ce mot-clef sur des moteurs de recherche. Mais c’est seulement après que naît dans la tête du référenceur, une idée, à base de contenu dans 99% des cas, qu’il va plaquer sur ce nom de domaine suroptimisé, pour en gérer lucrativement l’atterrissage par de la publicité.
Le mécanisme dans la tête d’un startupeur (c) est proprement l’inverse. Tout part du concept. D’une idée de concept, rationnel ou déraisonnable, dont le business model (s’il y en a un) a un % minimum de chances de réussite. On développe le concept, on le fait bêta-tester, on le fait grandir et viennent en même temps que ces étapes toutes les armes de la start-up pour populariser son service : le buzz, les PR, le bouche à oreille, l’acquisition de trafic, les partenariats, les jeux viraux etc etc. Et, dans cette vaste palette de moyen marketing, parfois, un peu de SEO. Et encore, pas tout le temps. Après ces étapes généralement, le site décolle et la monétisation suit. Ou pas ;)
Au-delà des lieux communs, comme la dangereuse dépendance au googletrafic, voici quelques arguments qui me font penser que même si les Lagardère balancent sur le Web leurs tonnes de contenu frais optimisé par des ChauffeursdeBuzz, le Concept l’emportera toujours sur le Mot-Clef et que les projets débiles ne sont pas près de s’arrêter.
1°/ Le Concept est International. Le Mot-Clef est National.
2°/ Le Concept bénéficie des avancées de la technologie. Le Mot-Clef dépend de la technologie.
3°/ Les Mot-Clefs sont en nombres limités. Pas les Concepts.
4°/ Les Concepts reposent sur la créativité de quelque uns. Les Mot-Clefs dépendent des requêtes des grandes masses.
5°/ Alors que le marché de la publicité est toujours sujet à fluctuations, le Concept ne repose pas toujours sur de la publicité.
6°/ Un Concept peut générer du Mot-Clef (Par exemple les Twits sont indexés)
alors qu’un Mot-Clef ne génèrera que jamais rarement du Concept.
7°/ En terme de business model, si vous arrivez à vendre des services, vous pourrez toujours faire de la publicité en plus [exemple], alors que le contraire, comme dirait Woody Allen, est totalement impossible. Sans social, sans communauté, sans interaction, sans valeur ajoutée, sans utilité fondamentale versus de l’utilité de contenu, vous ne ferez jamais que de la pub.
8°/ (Prophétie inside) L’édition massive de contenus riches aura peut-être pour effet de favoriser l’émergence de nouveaux accès au Web. Quand on ne trouvera plus qu’Entrevue et Knol dans les premières pages de Google, peut-être que certains projets alternatifs décolleront enfin, portés au pinacle du mainstream par la communauté des Opensourceurs. I.e : Firefox (même si l'exemple est bien mal choisis puisque ce dernier fait 99% de son fuckyoumoney via Google ^^).
Encore quelques arguments dans ma besace mais pour cause de billet trop long je ne retiens que ceux qui me paraissent les plus pertinents et me garde les autres en réserve.

