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mardi 6 mai 2008

La complainte du late adopter

Je viens de découvrir Dexter.

Je suis un uber-late adopter. Squared.

Mais j’ai regardé la Saison 1 en 2 jours.

Et oui.

dexter.jpg
Dexterje rappelle donc, pour ceux qui le savent déjàc’est le serial killer qui ne tue que des serial killers. (Des quoi ?)

Dexter est blood expert aux Forensics de Miami. Le jour.

Dexter a du mal à communiquer ses sentiments. Il n’en a pas.

Dexter n’a pas d’émotion. Il promène une solitude éternelle.

Dexter c'est une bonne caution de la loi du Talion. Il tue ceux qui ont tué.

Dexter c’est le serial killer sauvage et impulsif. Mais sympa.

Dexter c’est le beaugosse au regard vide.

Dexter a été très malheureux pendant son enfance.

Dexter est le fils adoptif d’un flic. Sa sœur est flic aussi.

Dexter c’est une balade malsaine mais autorisée dans la peau d’un serial killer.

Dexter c’est une série sur les fascinations morbides, la solitude de l'homme moderne, les lois grégaires, l'atrophie des sentiments. Et les tueurs en série sympas.

Comme quasiment avec ces séries made in USA, je suis très impressionné par l'entremêlement parfait du product et du marketing. A savoir comment la série a été conçue pour épouser parfaitement les névroses de société qui la consommera avec ses publicités adjacentes et néanmoins, une incontestable qualité filmographique du scénario jusqu'à la mise en scène.

(...)

Dexter c’est assez génialement fait...

...mais la société qui l’a produit est bien bien fucked up !

vendredi 4 avril 2008

Digressions sur la Langue...

Aahh la Langue...

J’ai quelques états d’âmes ces jours-ci sur ce formidable, au choix : Vecteur d’Humanité ou Barrière Culturelle Ultime (grandiloquence nous voilà). Au fur et à mesure que mon anglais s’améliore et s’enrichit, je tâche de continuer à pratiquer mon français du mieux que je peux, tout en n’en désespérant pas moins néanmoins de mettre un jour les deux au même niveau.

(...)

babel1997.jpg

(...)

En amitié, avoir une même langue maternelle en partage est facteur décisif. Positivement ou négativement d’ailleurs. A l’étranger cependant, la loi de la relativité s’applique. Face à la langue ambiante, les particules satellites ont tendances à s’accrocher suivant des règles inversées. Là où dans leur pays natal la langue opérerait comme un critère de sélection, elle devient à l’étranger un critère de regroupement. Et l’on voit des personnes se lier d’amitié de manière assez inattendue par le seul fait de la langue. Dans un mouvement défensif face au milieu relevant d’un instinct quasi grégaire...

(...)

Laissez-moi vous raconter la seule bonne blague américaine que je connaisse :

- What do you call someone who speaks 3 languages ? - Trilingual !

- What do you call someone who speaks 2 languages ? - Bilingual !

- What do you call someone who speaks 1 language ? - American !

Ca ne les fait pas marrer du tout.

(...)

D’un autre coté, en surfant rapidement sur tout un tas de considérations socioculturelles, quel sentiment grisant que de communiquer aussi aisément avec tous les internationaux que je rencontre, grâce à notre langue commune l’Anglais. Colombiens, Allemands, Danois, Suédois, Taïwanais. On se comprend !

Mais c'est à ce moment que vient La Question.

Utopique. Etouffante. Abyssale.

Que serait un monde ou tout le monde parlerait la même langue ?

Et pas seulement les privilégiés ?

Hein ?

Enfin...

(...)

Et donc me voilà, à mi-chemin entre réflexion babélienne et semi-regrets esperantiens... Une donnée constante néanmoins, et qui ne cesse de m'émerveiller : l’incroyable réussite de l’enseignement de l’Anglais dans les pays d’Europe du Nord. Suède, Finlande, Norvège, Danemark. L'Allemagne aussi... Ils ne parlent pas bien anglais : ils parlent anglais.

Je ne sais pas comment est fait leur modèle mais il serait grand temps de s’en inspirer (ah ça y est, MÔnsieur l’Américain se met à donner des leçons) et de rendre un grand service aux futures générations de petits morveux français. En guise de comparaison, un Executive français, 2 ans à Berkeley + 3 ans de vie active ici, parle moins bien qu’un Suédois de 19 ans...

(...)

Food for thoughts...

mercredi 2 avril 2008

Des goûts et des Muxtapes

muxtape.jpg
Dans les discussions françaises il y une expression que je déteste et qui revient souvent pour désigner une sorte de point mort dans le débat, au delà duquel il est de bon ton d’instaurer un consensus dans les arguments sous peine de bientôt s’écharper.

"Des goûts et des couleurs on ne discute pas."

M’a toujours énervée cette expression...

Et puis il y a Muxtape. L’appli hype.

Chaque playlist, pour simplifier, représente la personnalité musicale d’une personne puisque cette dernière est invitée à uploader ses 12 morceaux préférés et à les partager. No more no less. Sur la page d’accueil du site, pas de moteur de recherche, pas de catégorie, aucune indication : juste des rectangles colorés (coloriés ? colorisés ?) avec le pseudonyme de l’utilisateur, puis la page de playslist, et les titres.

Et à ma grande surprise je remarque qu’à la longue, quelle que soit la "personne" sur laquelle je tombe, - sauf rares exceptions - soit j’aime ses 10 titres - tous, soit je n’en aime absolument aucun. Et, encore plus surprenant : quels que soient les genres. Je suis plutôt Jazz : il m’arrive de tomber sur des playlists jazzifiantes que je trouve absolument nulles. A contrario je me surprends à écouter avec très grand plaisir des playlists de Reggae, ou de Ska, ou de Rock contemporain, ou d'autres genres vers lesquels je vais beaucoup moins spontanément.

Du coup je me demande : sommes-nous dotés d’un génome musical et/ou d’un rythme divin (comme ça je fais plaisir à toutes les confessions), qui transcende les genres ?

samedi 29 mars 2008

Une sublime mécanique

Il aura suffit d’un rien. D’une minuscule erreur d’inattention.

Ma garde, relâchée l’espace d’un instant. Une case oubliée ? Un faux formulaire ? En un éclair mon adresse est aspirée, enregistrée sur un premier serveur, immédiatement répliquée, envoyée à un second serveur, passe de base de donnée en base de donnée créant à chaque itération une entrée à plusieurs chiffres relié à mon nom, mon adresse IP, mes paramètres de navigations et toutes les informations personnelles que j’aurais pu laisser au moment critique.

Presque au même moment, à des kilomètres de là dans une quelconque banlieue stérile, hébergées dans la salle blanche d’une baie de serveurs sur une plateforme logicielle automatisée, les alertes et règles d’envoi des prestataires d’emailing se mettent en marche de manière robotique, et, en l’espace de quelques heures innocentes au pays du marketing militarisé, ma boîte mail passe d’un espace de travail normal à une page épileptique se rafraîchissant elle-même toutes les 5 secondes au rythme des propositions de prêt financier, d’alertes au cancer de la gorge, d’incroyable promotion pour un ensemble de jardin ou encore de lotions miracles anti-calvitie que je reçois désormais en flux tendu et pour le restant de mes jours sur cette adresse...

Sublime mécanique.

Cette histoire m’en rappelle une autre. Particulièrement atroce celle-là. Entendue je ne sais plus trop où ; un documentaire je crois. Au début des années 90, deux parents du Minnesota perdent leur fils unique. Il est atteint d’une leucémie incurable. Il a 6 ans.

Plusieurs années passent. La vie semble reprendre son cours. Mais un matin le père ouvre sa boîte aux lettres et en retire une enveloppe cartonnée au nom de son fils : « Gilette vous offre votre premier rasoir ! ». Quelque part, un 0 était devenu un 1 et avait décidé qu'il était arrivé en âge de se raser. Et donc de consommer.

Une fois le choc passé, une guerre dans merci est entamée avec les services marketing américains pour se faire rayer de leurs listes. Mais plus ils envoient de courrier plus ils téléphonent, et plus ils reçoivent d’offres promotionnelles, de proposition d’abonnement…

A l’âge de 18 ans, c’est au tour des services financiers. « Bank of America vous offre votre première carte bleue ! » De guerre lasse, et meurtris par cette lutte stupide, ils prennent finalement la décision de déménager. Pour se débarrasser de cette adresse. Pour ne plus recevoir ces courriers les rappellant sans cesse à leur drame personnel.

Quittant la maison de leur vie, ils emménagent dans une nouvelle résidence et obtiennent quelques mois de répit. Mais un matin, à l'autre bout du pays, dans une quelconque banlieue stérile sur une plateforme logicielle automatisée, le lien est fait entre leur ancienne et leur nouvelle adresse. Et tel un assaillant implacable, les lettres recommencent…

Sublime mécanique.

spam_gmail.png
Bon j’ai écris ça sur un ton un peu mélo mais hé, c’est pas si facile que ça.

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